LA BARAKA – Nawal Aït Benalla et Abou Lagraa

En Création

  • Back Forward – chorégraphie de Abou Lagraa – duos et solos – Juichi Kobayashi et Sarawanee Tanatanit || Première à l’Automne 2023
  • Sur tes Epaules – chorégraphie de Nawal Aït Benalla – création pour huit danseuses || Première mondiale le 1er octobre 2022 au Théâtre des Cordeliers d’Annonay
crédit Dan Aucante

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La Baraka, c’est d’abord une compagnie de danse contemporaine. Avec un répertoire, des pièces traversées par une énergie pure et un style hybride qui emprunte à tout ce qui a constitué le parcours des deux chorégraphes : l’autre rive de la Méditerranée, la danse contemporaine, le jazz, les pointes et les figures hip-hop et même les postures de yoga.

Abou Lagraa serait plus aérien, Nawal Aït Benalla plus terrienne.
Abou Lagraa plus solaire, Nawal Aït Benalla plus lunaire.

Un homme, une femme, mais une part féminine et masculine pleinement présente et revendiquée chez l’un comme chez l’autre, du yin et du yang partagés.
Une alchimie, une complémentarité, une fusion, et des différences qui ont fait grandir le projet devenu commun…
S’ils ont décidé de codiriger La Baraka & La Chapelle depuis 2018, leurs chorégraphies certes s’influencent mais ne se confondent pas. Chacun suit son chemin, plus ascendant plus mature chez Abou Lagraa qui a eu un parcours assez fulgurant dans la danse contemporaine et s’est très vite tourné vers la chorégraphie.
Le cheminement de Nawal Aït Benalla a été différent : d’abord celui d’une magnifique interprète et une envie de transmettre qui aboutit finalement à la nécessité de passer par la chorégraphie. C’est encore une chorégraphe émergente mais prometteuse, car elle est pleinement habitée par la nécessité de créer pour lever les blocages de notre société. Elle se sert de la discipline que la danse demande pour mettre cette exigence au service des autres, aider chacun et chacune à s’émanciper et à sortir de sa condition.


ABOU LAGRAA, QUESTION DE STYLE ; UNE ÉNERGIE FOLLE

Abou Lagraa - Crédit Hayko Niko

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Chez le chorégraphe Abou Lagraa, l’énergie emporte tout et abolit les frontières de style entre danseurs. Il transmet son rapport au mouvement à ses interprètes et s‘intéresse à l’aventure humaine de la création.

Une confrontation de chaque danseur avec ses propres blocages, démons pour libérer l’émotion pure.
« Je les pousse physiquement à entrer dans une transe pour retrouver l’équilibre entre corps et esprit, qu’ils soient eux-mêmes » dit Abou. La danse du chorégraphe n’est pas fragmentée, elle est pleine et rassemble le féminin et le masculin en une seule entité qui coule de source.

Outre ses excellentes qualités d’interprète, Abou Lagraa sait transmettre avec exigence à ses danseurs sa vitalité, sa virtuosité sans esbroufe. Son écriture reste d’une étonnante modernité. Il lui importe d’abord de sentir pour comprendre le sens du mouvement.

Sous l’apparence d’une danse légère, se dévoile de la gravité derrière chaque déroulé de bras.
Il y a une animalité forte dans sa gestuelle ronde et généreuse qui lui vaut l’adhésion d’un large public, depuis 25 ans.

Les mouvements amples aux accents expressionnistes, partent des hanches, des épaules, ils sont d’une grande précision, ce qui permet la générosité dans la douceur comme dans des moments plus aigus et sporadiques.

La danse sensuelle d’Abou Lagraa a quelque chose de profondément oriental dans sa gestuelle, mais elle est dépouillée de tout exotisme.

Le féminin et le masculin sont depuis toujours questionnés et sans cesse réinterrogés dans chacune de ses pièces avec ses interprètes et ses duos ciselés. La question a gagné en complexité avec la maturité mais reste clé dans son travail.
Le travail du chorégraphe est un hymne à la vie. Une danse de résilience, de libération et d’appropriation de son identité.
« Je vais chercher dans la gestuelle de mes interprètes la profondeur les aidant ainsi à s’émanciper » dit Abou Lagraa.


NAWAL AÏT BENALLA, UNE DANSE DE COLLISION

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Il n’y a pas une seule façon de faire de la chorégraphie. Celle de Nawal Aït Benalla part de l’humain et de ses blessures. Dans le septet de « Do you Be », «seuls les gestes et les visages des interprètes, dépositaires des sédiments d’un quotidien parfois éprouvant, témoignent de la réalité sociale. C’est sur ces traces-là que rebondissent les désirs de liberté», écrit Thomas Hahn dans Danser Canal Historique.

Nawal Aït Benalla est elle-même une superbe interprète, sauvage et intemporelle ; elle est devenue chorégraphe par désir de transmission et d’une volonté d’émancipation très profonde. Il n’y a pas de recherche de beauté en soi, mais celle-ci affleure comme par effraction dans son écriture par son urgence de quête de sens.

Nawal Aït Benalla a fini par prendre la chorégraphie à bras le corps comme une nécessité à un moment clé de sa trajectoire. Elle est encore une jeune chorégraphe, qui explore son style… Cependant, notons que le travail des corps au sol est important pour la chorégraphe et que beaucoup de ses pièces y commencent et ont du mal à s’en extirper comme dans « Premier(s) Pas ».

Elle transmet à ses interprètes l’intention dans chaque doigt de pied posé, appui du métatarse, envol du talon.

Pourquoi je suis chorégraphe ?

« Je chorégraphie parce qu’après tant d’années sur les planches et dans les studios à porter les autres j’ai envie de me porter moi-même. Je chorégraphie parce que j’aime ce travail d’orfèvre sur les corps dans l’espace qui n’épargne aucun détail.

J’aime l’exigence, la métrique et les dérapages au sens de quelque chose que l’on n’attendait pas et qui arrive. Je chorégraphie car cela me fait peur et j’adore être face à mes peurs, c’est précisément ce que je demande aux danseurs. D’aller jusqu’au bout. La peur, la colère, l’angoisse, sont des moteurs pour moi, ce sont des souvenirs, des choses à exorciser.

La création m’oblige à rentrer dans des états de conscience altérée ou je ne sais plus, ou il faut tout
abandonner, s’abandonner à quelque chose de plus grand.

Être chorégraphe pour moi est une sorte de transfert conscient de personnalité, c’est l’art de se mettre à la place de quelqu’un, de partager une forme d’intimité mentale avec les danseurs, c’est bien au-delà du geste formel »